ÂÎÉÄÈÒÅ, ×ÒÎÁÛ ÍÀ×ÀÒÜ ÎÁÓ×ÅÍÈÅ Ñ ÀÓÄÈÎ-ÇÀÏÈÑÜÞ

 

LEIÇON 22

 
  Vint-e-dosena leiçon (22)  
  L’accent L'ACCENT
     
1 Uèi que plòu, demorarem a l’ostal. Loïson, conta-nos una istòria ! Aujourd'hui, comme (qu') il pleut, nous resterons à la maison. Louisou, raconte-nous une histoire !
2 Perque i tenètz, vau vos en contar una, mas una vertadièra. Puisque vous y tenez, je vais vous en (ra)conter une, mais une vraie (véritable).
3 Ièr, un torista que marchava e parlava ponchut s’apròcha e me ditz : « Cher Monsieur connaissez-vous la « roud de Milo » ? (1) Hier, un touriste qui marchait et parlait «pointu» s'approche et me dit : «Cher monsieur, connaissez-vous la «roud de Milo» » ?
4 Li respondi sul pic: « Mais, cher Monsieur, la Vénus de Milo n’a pas de roue » !
E alara, en m’agachant estabordit, me mòstra sus una carta la vila de Milhau qu’en francés, dins lo païs, se ditz « miyo » (2)

Je lui réponds tout de go : «Mais cher monsieur, la Vénus de Milo n'a pas de roue!»
«Et alors qu'il, me regarde (en me regardant) stupéfait, il me montre sur une carte la ville de Millau qu'en français, dans le pays, on prononce (se dit) «miyo».

5 « Millau », li disi, ara compreni, es tot drech.

Millau, lui dis-je, maintenant je comprends, c'est tout droit.

6 Mas, digatz-me, sètz de Paris ? Es aquò qu’avètz un dròlle d’accent en francés.
Se i aviá en Occitania, un ofici de radiò o de television, pendent las reclamas, fariam parlar los parlejaires amb vòstre accent parisenc, e vos prometi que se’n vendriá de drògas ! (3)
Mais dites-moi, vous êtes de Paris ? C'est (pour) ça que vous avez un drôle d'accent en français.
S'il y avait en Occitanie un office de radio ou de télévision, pendant les réclames, on ferait parler les speakers avec votre accent parisien, et je vous assure (promets) qu'on en vendrait (qu'il s'en vendrait) des drogues !

Exercice en limousin (lemosin). EXERCICE
- 1 Chasque còp que quò pleu, demoram a la maison (1).
- 2 Avem demandat a Loïson de nos contar una brava istòria (2).
- 3 Loïson es un coquinaud, s’es mocat d’un torista qu’escharaunhava los noms de luòc dau païs (3).
- 4 Aurá, los Occitans an pus vergonha de parlar francés emb l’accent dau « Mieijorn », que quel accent es la presença de la lenga dins lo francés ; mas quo es enquera mielhs de parlar occitan (4).
- 5 Fau estre fier d’esser de sa region. Alhors quo es pas sovent melhor (5).
- 6 Se mocar de son pròpri accent, quo es se mocar de se (6).
- 1. Chaque fois qu'il pleut, nous restons à la maison
- 2. Nous avons demandé à «Louisou» de nous raconter une jolie (brave) histoire.
- 3. «Louisou» est un grand coquin, il s'est moqué d'un touriste qui écorchait les noms de lieux du pays.
- 4. Maintenant, les Occitans n'ont plus honte de parler français avec l'accent du «Midi», car cet accent, c'est la présence de leur (la) langue dans le français; mais c'est encore mieux de parler l'occitan.
- 5. Il faut être fier d'être de sa région. Ailleurs ce n'est pas souvent mieux.
- 6. Se moquer de son propre accent, c'est se moquer de soi.

NOTES
Pour le dessin, cf. leçon 40 fin.

(1) Marchar ponchut «marcher pointu» se dit de personnes un peu snobs qui s'efforcent d'avoir une allure distinguée en marchant le corps raide; allusion à ceux qui affectent «de parler pointu» pour paraître distingués.

(2) Li «lui», var. ; i qui signifie y, i vau «j'y vais», est parfois employé au sens de «lui», i disi je lui dis».
Mais on dira : pensi a el «je pense à lui»; parli d'el «je parle de lui». Es el «c'est lui» (el/ela (fém.) «lui/elle» après prép.); cf. leçon 12 note 5.

(3) Es aquò que «c'est pour cette raison, pour cela que» : expression très courante traduite en français du «Midi». On entend en effet : C'est ça (à cause de cela) qu'il est parti!; c'est ça (pour cette raison) qu'il avait pas faim ! On pourrait dire aussi : es per aquò que...

Parlejaire est un néologisme correspondant au franglais «speaker». Parlaire signifie seulement «parleur». L'emploi du suffixe -ej- marquant la répétition permet de mieux traduire le mot «speaker», qui indique une personne qui «parle beaucoup et souvent». Ce suffixe -ej- est très fréquent : potonar «donner un baiser», potonejar «donner de nombreux baisers», potonejaire «personne qui embrasse souvent». Vous avez un autre exemple de se (se vendriá) au sens de on (on vendrait).

Dròga «drogue» s'emploie pour désigner tout produit de qualité plus ou moins bonne.

 

(1) Chasque, var. chada, lang. cada. Còp, syn. vetz.
Pleu, lang. plòu.
Chasque : en limousin, la pron. du -e-, varie selon l'environnement phonologique et les régions. Voilà pourquoi la graphie ne note pas l'ouverture de certains de ces -e-. Écoutez bien les disques pour vous familiariser avec ce fait.

(2) Demandat : comme en provençal méridional, en nord-occitan, chute des consonnes finales et de l'-s du pluriel (sauf prov. alpin), pron. démanda.

(3) Notez la pron. du -ch- (-ts-) escharaunhava, pron. eytsarounyavo. Toutefois, dans certaines régions du nord-occitan, on pron. -tch-.
Le -v- est pron. -v- et non -b- comme en lang.

(4) Aura, lang. ara.
Enquera, lang. encara.

(5) Fau, var. cau, lang. cal.
Estre, var. èsser; syn. estar.

(6) Se mocar, syn. lang. se trufar;
se mocar signifie «se moucher» en lang.