:: 

 

 

   

Deutsch
ZWEIUNDVIERZIGSTE LEKTION
QUARANTE-DEUXIÈME LEÇON
1 Les "hors-la-loi"

Un texte tel que l'extrait de Momo ne devrait pas figurer dans un manuel.
Si on appelle "règlement" l'ensemble des repères que vous et nous, nous avons mis en place pour reconnaître et pour construire des "phrases correctes", ce texte est "anti-réglementaire":
En effet, chaque phrase se présente ici comme un cas individuel un peu particulier, parfois "limite", si ce n'est pas carrément "hors-la-loi". Et pourtant ! De l'ensemble du texte se dégage une formidable intensité narrative. Pourquoi donc avoir consacré autant d'attention aux règles de syntaxe, "si on peut tout faire, voire même le faire imprimer", pourriez-vous vous demander. Il est vrai que Michael Ende "raconte une histoire à haute voix" et que la langue parlée tolère à peu près toutes les figures, y compris celles qui sont "interdites" par les manuels de grammaire - lorsqu'elles contribuent à captiver l'attention et à faire passer "le message".
Mais ce jeu avec les formes rhétoriques n'est souvent rien de moins qu'un maniement approximatif de la syntaxe dû à l'ignorance ou à la négligence. L'intuition du "jusqu'où on peut aller dans l'improvisation" repose sur une maîtrise parfaite des "règles" et une connaissance intime des registres de la langue : un ensemble de fausses notes n'a jamais donné un morceau de jazz !
 
2 La subordonnée, suite et fin
A la leçon 35, nous avions indiqué que le rôle de la subordonnée dans la phrase "d'accueil" (indépendante) pouvait être comparé à celui de tout autre "élément" de celle-ci : sa place se décide selon les mêmes critères (fonction dans la phrase, apport informatif) et induit les mêmes effets (elle "compte" comme un élément, quelle que soit sa longueur).
Mais la subordonnée n'est pas obligatoirement l'élément d'une phrase indépendante:

1) La subordonné peut jouer le rôle du qualificatif d'un autre élément (elle répond alors à la question "quelle sorte / quel genre de... ?") :
La phrase relative :
Wo sind die Blumen, die die Mädchen gepflückt haben?
La phrase relative n'est en fait qu'une extension d'un élément nominal (ici : die Blumen). Elle en est une partie constituante, et l'ensemble "nom + phrase relative" compose "un seul élément".
La transformation de la relative en groupe qualificatif précédant le nom souligne bien ce rôle particulier :
Wo sind die von den Mädchen gepflückten Blumen?
Ce lien étroit explique le fait qu'elle fasse "corps" avec son élément : en règle générale, elle le suit immédiatement.
Die Blumen, die die Mädchen gepflückt haben (1), sind nun welk ( = fanées).
Ce n'est que lorsque cet élément précède le verbe en position (F), que la phrase relative peut (et doit même) en être éloignée :
Sag mir, wo die Blumen (F-1) sind (F), die die Mädchen gepflückt
haben!


Autres subordonnées "qualificatives" :
Tout ce qui vient d'être dit s'applique à toute autre subordonnée équivalente (jouant le rôle de qualificatif d'un élément) :
Dieser Umstand spielte eine große Rolle.
Welcher Umstand?:
Der Umstand, daß er deutsch sprach, spielte eine große Rolle.
Eine große Rolle spielte der Umstand, daß er deutsch sprach.
Eine große Rolle hat der Umstand (F-1) gespielt (F), daß er deutsch sprach.
(Le fait qu'il parlait allemand joua un rôle important.)

D'autres exemples de subordonnées qualificatives :
Der Wunsch, anerkannt zu werden, ...;
die Frage, wer recht hat, ...;

am Abend, bevor er ankam,...

2) La subordonnée peut, à son tour, dépendre d'une autre subordonnée (S1) et n'être donc qu'une "sous-subordonnée" (S2):
Obwohl er noch klein war (S1) als das geschah, (1) (S2) erinnert er sich daran. (Bien qu'il fût encore petit lorsque cela se passa, il s'en souvient) :
Une telle "sous-subordonnée" se comporte comme partie intégrante de sa "subordonnée-mère" avec laquelle elle compose un élément unique : ou bien elle la suit immédiatement, ou bien elle s'y trouve intégrée : Obwohl er, als das geschah (S2), noch klein war (S1), (1) erinnert er sich daran.
Mais attention, les "embroglios" de subordonnées sont à éviter: l'allemand préfère en général la "succession" à "l'imbrication", pour autant que faire se peut !
 

3 Les "molécules syntaxiques" complexes
Nous détenons désormais toutes les clés pour démonter - et si possible pour reconstituer - un ensemble syntaxique complexe tel que la phrase 9-10 de la leçon précédente !
Rappelons-nous, si besoin en est, que la phrase de base (quels que soient le nombre et la nature des éléments et des subordonnées qu'elle comporte) doit obligatoirement représenter une des "figures autorisées" de la phrase indépendante :
une (plusieurs) phrase(s) énonciative(s), caractérisées) par le verbe en position (2);
une phrase (injonctive ou) interrogative, caractérisée par le verbe en position (1) ou après le terme interrogatif.
Espérons que Momo nous pardonnera de la mettre à ce point à contribution - elle, qui apprécie tant le silence attentif !
 

Und wenn jemand meinte, sein Leben sei ganz verfehlt und bedeutungslos und er selbst nur irgendeiner unter Millionen, einer, auf den es überhaupt nicht ankommt und der ebenso schnell ersetzt werden kann wie ein kaputter Topf - und er ging hin und erzählte alles das der kleinen Momo, dann wurde ihm, noch während er redete, auf geheimnisvolle Weise klar, daß er sich gründlich irrte, daß es ihn, genauso wie er war, unter allen Menschen nur ein einziges Mal gab, und daß er deshalb auf eine besondere Weise für die Welt wichtig war.

A "L'ossature" : Und wenn... (1), dann wurde (2) ihm... klar, daß ...: c'est une phrase énonciative, le verbe
conjugué wurde de la phrase principale occupe la position (2).

B Le sujet est une subordonnée "à tête multiple" : daß er sich ... irrte, daß ... und daß ...: il est porteur de l'information principale : il se trouve placé "à la fin", "hors construction", ce qui lui assure toute l'attention qu'il mérite !

C La position (1) est occupée par une autre séquence de subordonnées, introduite par wenn, allant jusqu'au "mot-rappel" dann qui précède le verbe wurde en position (2) : l'ensemble de cette séquence décrit le cadre dans lequel l'information principale apportée par le sujet (daß ...) prendra tout son relief.
- Wenn jemand meinte, ... = subordonnée 1 dont dépend :
- sein Leben sei ganz verfehlt und bedeutungslos und er selbst (sei) nur... ["transcription rapportée" d'un discours, cf. leçon 35]
- irgendeiner unter Millionen, einer ... = attributs du sujet er selbst, qualifiés par les relatives :
- auf den es ... ankommt und der_ ... ersetzt werden kann, ...
- wie ein kaputter Topf
= comparaison, placée (comment, très souvent) "hors construction"
- und er ging hin und erzählte ... Momo,: la subordonnée avec wenn a été "suspendue" pour pouvoir ajouter un "supplément d'information" important pour la compréhension du contexte
- dann: "mot-rappel" qui résume la séquence avant que ne "démarre" la phrase principale avec son verbe en (2).

D wurde ihm, noch während er redete, ... klar, daß ...: subordonnée intégrée "en milieu de terrain" de la phrase principale: il s'agit d'une information complémentaire, intéressante, certes, mais non essentielle.

 

4 L'emploi du temps
Les noms par lesquels on désigne les différents "temps verbaux" restent largement inspirés par la grammaire du latin. Ne vous y fiez pas trop pour en déduire l'emploi :

Le présent :
Es schneit (Il neige) : cela se passe au moment même où je parle.
Im Winter schneit es (En hiver, il neige) : cela se passe "toujours" ainsi, c'est immuable, c'est, en quelque sorte, "hors du temps".
Morgen schneit es sicher (Demain, il neigera certainement) : que cela se situe au "futur" nous est précisé par un "signal" (ici : morgen), le verbe reste au présent.
Es schneit schon seit drei Tagen (II neige déjà depuis trois jours) : ayant commencé dans le passé, cela continue en ce moment.
1970, 24. Dezember. Endlich schneit es! (1970, le 24 décembre. Enfin il neige !) : il s'agit d'un fait / événement passé, mais restitué comme une "actualité" (nous le revivons avec les yeux de celui qui en était le "contemporain").

Le prétérit :
Es regnete den ganzen Tag (Selon les circonstances : il pleuvait / plut / a plu toute la journée) : un événement du passé est décrit dans son déroulement : "on repasse le film", tout en rappelant par la forme du prétérit que cela ne se joue pas "ici et maintenant" mais dans un temps antérieur au présent. C'est donc le temps de la narration par excellence :
Da es den ganzen Tag regnete, blieben wir im Haus und spielten Scrabble.
Erst am Abend begann es zu frieren und...
(Puisqu'il pleuvait toute la journée, nous restions à la maison et [nous] jouions au scrabble.
Ce n'est que vers le soir qu'il se mettait à geler et...).

Le parfait :
Es hat gefroren (Il a gelé) : c'est le constat d'un fait accompli au moment où il est évoqué, et on peut (éventuellement) en contempler le résultat : ... deshalb gibt es Eisblumen am Fenster (... c'est pourquoi il y a du givre sur la vitre).
Gerade hat es begonnen zu schneien (II vient de commencer à neiger) : le début est fait !

Prétérit ou parfait ?
La distinction entre prétérit et parfait est moins rigoureuse qu'il n'y paraît ici, en particulier dans la langue parlée :
Pour les verbes auxiliaires et les verbes de modalités, le prétérit remplace le plus souvent le parfait : à la place de Gestern bin ich dort gewesen on trouvera donc : Gestern war ich dort.
Ich habe nicht kommen können. - Ich konnte nicht kommen.
En revanche, dans le récit court, on préférera souvent la forme du parfait à celle du prétérit :
Als ich gestern zur Arbeit (fuhr) gefahren bin, (begann) hat es doch plötzlich begonnen zu schneien.
Also (ließ) habe ich den Wagen lieber stehen lassen.

Cet emploi du parfait comme "temps de narration" est particulièrement courant en Allemagne du Sud et en Autriche.

Le plus-que-parfait :
Es hatte nachtsüber geschneit und so konnten wir endlich Ski fahren! (Il avait neigé pendant la nuit et nous pouvions (avons pu) enfin faire du ski.)
Le plus-que-parfait marque l'antériorité par rapport à un fait situé lui-même dans le passé :
Nachdem es drei Tage geschneit hatte, begann es wieder zu regnen (Après qu'il eût neigé pendant trois jours, il se mit de nouveau à pleuvoir) :
l'allemand ne connaissant pas la distinction entre "passé simple" et "imparfait", le plus-que-parfait allemand correspond à la fois au "plus-que-parfait" et au "passé antérieur" français.

Le futur :
Die Temperatur ist gefallen, es wird schneien! (La température est tombée, il va neiger !)
L'événement / le fait est clairement détaché du présent et l'emploi du futur avec werden lui confère un effet d'annonce ou d'attente.
Lorsque cet effet est recherché, le futur est employé même en présence d'un autre "signal" :
Tu vas voir ! Demain, il neigera = Du wirst schon sehen! Morgen wird es schneien.
Hier unten regnet es, doch weiter oben wird es sicher schneien (Ici, en bas il pleut, mais plus haut il doit certainement neiger / neigera certainement).
La forme du futur sert souvent à exprimer une supposition concernant un fait du présent :
Er wird schon da sein! (II est / sera sans doute déjà là !)
Sie werden gerade essen (Ils sont certainement en train de manger).

Le futur II :
Wenn sie kommen (werden), wird leider der letzte Schnee geschmolzen sein (Quand ils viendront, la dernière neige aura malheureusement fondu) :
il s'agit d'un fait posé comme accompli dans l'avenir au moment où un autre s'accomplira (futur antérieur du français).
Es wird hier wohl geregnet haben (II aura / a sans doute plu ici) : c'est une supposition concernant un fait déjà accompli.
En fait, l'emploi du futur II se réduit largement à l'expression de telles suppositions :
Er wird wohl nicht viel Ski gelaufen sein (Il n'aura pas / n'a sans doute pas fait beaucoup de ski).

Le temps verbal n'est pas l'unique indicateur du positionnement d'un fait dans le temps. Beaucoup de locutions ou d'adverbes peuvent compléter ou assumer ce rôle...
Adverbes / locutions situant l'action / le fait / l'événement

dans le passé :
Einst; einstmals, (ehemals), in früheren Zeiten = jadis
- Einst waren die Menschen Affen = Jadis, les hommes étaient des singes.
- Damals, zu dieser Zeit - à cette époque, en ce temps-là
- Damals lebten sie in Urwäldern, auf Bäumen - En ce temps-là, ils vivaient dans des forêts vierges, sur les arbres.

Früher = autrefois
- Früher fand ich diese Theorie lächerlich - Autrefois, je trouvais cette théorie ridicule.

Neulich, kürzlich, unlängst, vor kurzer Zeit = il y a peu de temps, récemment
- Doch als ich neulich zum erstenmal einen Affen sah, kam er mir ganz menschlich vor - Mais récemment, lorsque j'ai vu un singe pour la première fois, il m'a semblé très humain.

Vorhin, gerade, eben = à l'instant, justement, (venir de...)
Gerade habe ich mich gefragt, wie es wäre, wenn wir uns wieder zurückentwickeln würden! = Je viens de me demander comment cela se passerait si nous faisions l'évolution dans le sens inverse.

dans le présent :
Jetzt, nun, zur Zeit, im Augenblick / Moment, gegenwärtig - maintenant, à présent, actuellement, en cet instant / ce moment
- Jetzt sehen wir noch aus wie Menschen - Maintenant nous avons encore l'air [d'être] des êtres humains.

dans le futur :
Sofort, sogleich = tout de suite, immédiatement
- Man wird die Veränderung nicht sofort bemerken können - On ne pourra pas se rendre compte tout de suite du changement.

Gleich, bald = bientôt, aussitôt, d'ici peu
- Aber bald werden wir einen unstillbaren Hunger auf Bananen bekommen = Mais bientôt nous aurons une faim irrésistible de bananes.

Nächstens, künftig, demnächst = à l'avenir, prochainement
- Nächstens werden wir dann unsere Häuser verlassen, um künftig nur noch auf Bäumen zu leben - Prochainement nous quitterons nos maisons pour ne plus vivre, à l'avenir, que sur des arbres.

Später = plus tard
- Später werden wir dann vergessen haben, daß wir einmal Menschen waren = Plus tard, nous aurons oublié qu'un jour nous avons été des hommes.

Einst einmal, (eines Tages) - un jour, dans un avenir lointain
- Und eines Tages werden wir endgültig wieder in den Urwald zurückgekehrt sein, wo einst unsere Vorfahren lebten - Et un jour nous serons retournés définitivement dans cette forêt vierge où vécurent jadis nos ancêtres.

 
161